Le fil à couper le b… polystyrène
Si le balsa et autres bois restent les matériaux nobles traditionnels du modélisme, il n’est pas pour autant sacrilège de s’intéresser à d’autres produits aux propriétés intéressantes. Les mousses isolantes de polystyrène expansé ou extrudé le sont à plus d’un titre :
Elles ont aussi les défauts de leurs qualités :

Un park flyer silhouette (Hawker Typhoon décrit dans RC Pilot n°45) et un
indoor, deux créations de Christophe Lauverjat.
Sur le
même principe que le Typhoon, un Curtiss H75 « silhouette »
Noyau
de fuselage en expansé, flancs & empennages en Depron 3 mm
ailes
en extrudé

le
même terminé
Un
petit multi
Un
modèle de début 3 axes

Production en série (40 d’un coup !) de petits modèles en Depron, idéaux pour
animer fêtes et kermesses.
Vous voulez en savoir plus ? Allez, suivez le guide !
On fait des gabarits de contour puis on taille dans la masse à la machette, au cutter, à la râpe, à la mini perceuse puis au papier de verre de plus en plus fin. Difficile et bonjour la poussière. Du travail d’artiste, nécessitant bon coup d’œil et coup de patte, un coup de trop est irréversible ! Les bons cacahuètistes font ainsi des petites merveilles.
Loire
46 de Jacques Cartigny et
Republic
P47 d’André Petit (A.C. Les Goélands). Cacahuètes F4F (envergure =33cm) en styro
« taillé dans la masse ». Les parois des fuselages sont amincies jusqu’à 1mm
On aura remarqué que les mousses fondent à température assez basse, d’où l’idée de chauffer électriquement un fil d’acier tendu par un arc et de l’utiliser à la manière de la géniale invention qui fit la gloire de générations de crémières, en essayant quand même de faire un peu plus précis.
On confectionne des gabarits de guidage aux formes et dimension des sections d’extrémité, qui peuvent être identiques (ailes rectangulaires) ou différents en taille et en forme (ailes trapézoïdales, profils évolutifs, vrillages). Pour une aile, il faut deux paires de gabarits (une pour l’extrados, une pour l’intrados) et procéder en deux passes.
Deux difficultés majeures :
L’idée de base est de faire tirer les extrémités de l’arc à fil chaud par un poids qui va exercer une traction constante et donc une avance régulière et par conséquent un meilleur état de surface. D’où la conception d’astucieuses tables bardées de câbles, poulies et renvois d’angle.
Les limites des méthodes précédentes apparaissent vite :
La solution qui s’impose d’elle-même consisterait à guider les extrémités du fil par des axes motorisés aux trajectoires pilotées par des fichiers de points, autrement dit une machine à commande numérique.
« Houlà ! s’écrieront ceux qui ont peu ou prou fréquenté la machine outil, mais ça coûte la peau des f… ces choses là ! »
C’est compter sans l’ingéniosité qui caractérise le monde du modélisme. Des groupes d’amateurs éclairés ont planché sur le sujet, en particulier en France le groupe CNC@NET regroupé autour d’Olivier Ségouin. Leurs travaux ont abouti à des systèmes mécaniques, électroniques et informatiques très abordables techniquement et financièrement (quelques centaines d’euro).
Plutôt que de vous infliger un long et fastidieux laïus sur leur concept, je préfère vous renvoyer à la consultation du site CNC@NET aux adresses suivantes :
http://www.teaser.fr/~osegouin/
http://www.teaser.fr/~abrea/cncnet/cnc_pres.phtml
Disons juste pour faire court que chaque extrémité de l’arc à fil chaud est guidée dans le plan vertical par un couple d’axes orthogonaux mus par des moteurs pas à pas, pilotés par un boîtier électronique et le logiciel informatique qui va bien. Le tout à base de matériaux disponibles en brico-machins (règle de maçon, tiges filetées, roulements de rollers, aggloméré médium, profilés, etc…).
La première machine en service aux Goélands fut celle de Bruno, lui-même membre du groupe CNC@NET et pionnier de la découpe. Ayant un jour choisi de s’exiler en Loire Inférieure, il nous reste l’héritage de son expérience, enrichie par celle de Christophe, créateur d’un désormais incontournable logiciel utilitaire de traitement de fichiers. Il ne restait plus qu’à reconstruire une machine, ce qui est chose faite.
Notre machine est une variante de Rustica (à quelques détails près) pilotée par une carte MM2001 et le logiciel GMFC Pro (soumis à licence). Le fil chaud est un fil de 0,3 mm. Voir la description de ces éléments sur le site CNC@NET. http://www.teaser.fr/~abrea/cncnet/cnc_pres.phtml
La
motorisation du chariot horizontal …
celle
du chariot vertical et l’arc à fil chaud qui pendouille sous la table
Le logiciel GMFC, conçu essentiellement à l’origine pour des profils d’ailes, exploite des fichiers .DAT où les trajectoires sont décrites point à point par des séries de coordonnées X,Y codées en ASCII (lisibles par un éditeur de texte simple).
Exemple
de structure de fichier .DAT
Profil.DAT - Re-echantillonne
1.000000 0.211350
0.813780 0.211350
0.801881 0.213824
0.789976 0.216265
0.778062 0.218668
0.766140 0.221022
0.754209 0.223340
0.742272 0.225619
0.730325 0.227851
0.718374 0.230054
0.706413 0.232206
0.694445 0.234322
0.682466 0.236374
0.670479 0.238375
Il peut dont utiliser directement les fichiers issus de logiciels de tracé tels que Visuaéro, Tracfoil ou leurs bibliothèques de profils.
Cependant, limiter une telle machine aux mêmes travaux que ceux réalisés par les moyens manuels serait se priver bêtement des immenses ressources d’un système programmable. On va donc essayer de créer des fichiers de points représentant des formes plus complexes : noyaux d’ailes évidés, tronçons ou noyaux de fuselages, détourage de silhouettes, ou tous autres objets pas forcément liés au modélisme.
Un hic toutefois, le format de sortie des logiciels DAO est incompatible avec le format d’entrée de la machine. Là encore, le génie des amateurs a tout résolu. Roland Poidevin a conçu PROFSCAN (diffusion gratuite), utilitaire permettant entre autres fonctionnalités de transcoder la plupart des fichiers de DAO en .DAT.
Il subsiste une lacune : les fichiers de contrôle de chaque montant de la machine doivent comporter le même nombre de points. Pour les formes évolutives (trapézoïdales, coniques) cette condition n’est pas remplie par les fichiers bruts de décoffrage. En outre on remarquera que dans les arrondis, les DAO créent souvent une pléthore excessive de points.
Christophe Lauverjat (un ancien des Goélands exilé depuis en terre bretonne. Mais qu’est-ce qui les attire tous par là ?) a conçu un utilitaire d’ECHANTILLONNAGE permettant de retravailler les fichiers : on divise la trajectoire en tronçons limités par des points clés puis on définit le nombre de points par tronçon. On a ainsi la maîtrise (presque) totale de la répartition des points et de leur densité.
Résumons donc la genèse d’un projet :
On dessine l’élément à découper au moyen d’un logiciel de DAO (Turbocad, …).
Image
de fond (en rose) issue d’un plan 3D, à laquelle on superpose sur un autre
calque le tracé du contour …
…
puis on complète le dessin.
Par une astuce de manipulation, on convertit les dessins en « polylines » et on
les sauvegarde individuellement au format .DXF ou .HGL selon les possibilités du
logiciel utilisé.
Polylines
des tracés de découpe

On mouline les fichiers obtenus avec PROFSCAN pour les convertir en .DAT

On les remouline avec ECHANTILLONAGE pour répartir les points.
Ouf ! Ils sont maintenant prêts à être digérés par la machine.
La démarche peut paraître complexe voir même franchement m..dique (si, si, dites le) mais c’est en fait un petit mécanisme qu’on assimile très rapidement. Essayez, vous verrez.
Pour ceux qui veulent se lancer ou simplement approfondir le sujet, se reporter au forum de CNC@NET (inscription nécessaire) à la rubrique de Philippe Carpentier allias Papy Kilowatt, grand maître belge ès découpe, qui y a publié par épisodes un indispensable manuel de technique de dessin (« du plan 3 vues à la maquette volante »).
http://osegouin.free.fr/forum/viewforum.php?f=17&sid=f61db2644d1a3f55f7a954f334998a20
Avant de se précipiter tête baissée sur le polystyrène, il convient de procéder à quelques ajustements.
· Paramètres machine : on configure les paramètres définissant la machine : résolution des moteurs, pas des vis, courses, sens de déplacement, vitesse maxi, …

· Paramètres matières : par une série de test sur des éprouvettes, on optimise les paramètres de chauffe et de vitesse d’avance pour chaque matériau.

Une découpe est vue comme un projet dont on définit les paramètres : fichier(s) de points utilisé(s), dimensions du bloc brut, position de la découpe dans le bloc, flèche, … Il est archivé avec l’extension .CNC.

Le
projet étant chargé, on demande une découpe de tronçon. Il reste à
définir le matériau et quelques paramètres liés à la découpe : sens de
compensation du rayon de fil, position du brut sur la table, aile gauche ou
droite (pour les profils évolutifs). Un graphique schématise la position du
bloc.


OK, et c’est parti !
Voilà, à vous de jouer
Raymond COLINOT – LES GOELANDS (Montreuil) 21/01/2008